…Avant même de partir à la découverte de ce pays immense, une question s’était imposée à moi : noir et blanc ou couleur ? Le choix fut longtemps incertain. Comment envisager le noir et blanc dans un pays où la couleur semble constituer un langage à part entière, presque une évidence culturelle ? J’ai finalement opté pour la couleur, non par conviction absolue, mais par nécessité, dans l’espoir de me rapprocher de cette intensité sensorielle.
Pourtant, malgré ce choix, mon attachement au noir et blanc demeurait intact. Les couleurs flatteuses ne sont pas, à mes yeux, synonymes de justesse ou de réussite. J’ai donc tenté, dans mes images en couleur, de m’accrocher à autre chose : la composition, l’équilibre des formes, la structure du cadre, comme si ces éléments pouvaient donner un sens plus durable à mes photographies.
Quelques années plus tard, en revisitant ce travail, l’évidence s’est imposée. Les couleurs étaient belles, mais elles continuaient de masquer l’essentiel. Il manquait encore quelque chose, une forme de vérité plus dépouillée. C’est alors qu’est née l’idée de transformer ces images en noir et blanc. Ce retour à l’essentiel m’a permis de retrouver ce que je cherchais depuis le début : non seulement ce qui avait attiré mon regard, mais aussi le plaisir de reconnaître, dans ces images enfin apaisées, la justesse de mes choix de composition — et, peut-être, le sens même de mon geste photographique.
Comme tout voyage, surtout lorsqu’il n’est pas organisé, mon regard et mes impressions se sont certes exprimés à travers l’objectif, mais pas seulement. L’Inde est un pays étonnant qui bouleverse profondément notre façon de penser.